J’ai eu un coup de gueule récemment par rapport à ces deux notions.
J’en parlais d’ailleurs un peu dans mon dernier billet. Tout d’abord, je suis consciente que nous sommes sur Internet, c’est-à-dire un espace qui permet de la publication immédiate et généralisée. La publication immédiate et généralisée a beaucoup d’avantages, mais aussi un certain nombre d’inconvénients auxquels il est avisé de porter attention, à la fois en tant que lecteur(trice) et en tant qu’auteur(e).

Ce que j’entends par « publication généralisée » est que, sur Internet, n’importe qui peut se prononcer, de la façon dont il l’entend, sur n’importe quel sujet. Ce que j’entends par « publication immédiate » est que, sur Internet, on peut publier n’importe quel texte (ex.: un article de blog), de façon directe et expéditive. Je pense que la publication immédiate implique un contexte peu enclin à la relecture et donc peu de recul sur ses écrits, à moins d’avoir une discipline personnelle à ce sujet. C’est précisément ce point qui m’apparaît sensible et digne de se rappeler lorsqu’on lit des articles sur Internet, spécialement sur des blogs. Pour les besoins de ce billet, j’utiliserai principalement des exemples de mots et d’articles qui se réclament du féminisme et de son champs lexical, car ce sont ceux que je lis le plus souvent dernièrement. Je reste toutefois consciente qu’il y a bien d’autres types de blogs qui font les mêmes erreurs et usent des mêmes stratagèmes douteux pour argumenter et convaincre.

Voici donc ce que j’entends par « rigueur intellectuelle » de la part d’un(e) auteur(e) : Faire preuve de précision et de soin quant aux éléments amenés sur un sujet donné et à la façon de construire sa pensée autour du sujet. Il existe plusieurs éléments sur lesquels on peut se montrer exigeant, mais étant donné que le contexte de publication sur Internet ne les permet pas toutes, je me concentrerai sur les plus élémentaires dans un argumentaire construit :

1) Préciser les éléments de contextes
2) Définir les mots « fourre-tout » (soit selon ses lectures, soit selon sa définition personnelle, le but étant de situer le lecteur)
3) Apporter la nuance nécessaire à l’argumentaire selon ces éléments de contextes et les mots définis
4) Prendre un certain recul, le plus possible, avec ce que l’on écrit, surtout dans une position d’argumentation

Voici également ce que j’entends par honnêteté intellectuelle de la part d’un(e) auteur(e) : faire preuve de sincérité dans sa manière de penser et de raisonner un argumentaire. Cela implique d’être conséquent(e) avec la vocation d’un texte et d’avoir une certaine éthique de réflexion. L’éthique passe surtout par le fait de « tenir compte » des éléments, des implications d’un texte que l’on écrit. Par exemple : tenir compte des effets des mots que l’on choisi délibérément d’utiliser, employer les mots en étant le plus proche et le plus précis possible de ce que l’on veut dire, tenir compte du contexte de publication Internet et ses implications pour nuancer son argumentaire, tenir compte de ses propres limites en tant qu’auteur(e), tenir compte du contexte dans lequel on écrit sur un sujet, tenir compte des implications possibles du sujet qu’on amène, ne pas prendre pour acquis qu’on a le monopole du sujet qu’on aborde, etc. Il n’y a aucun besoin de se retrouver dans une publication scientifique pour prendre ces éléments en considération. Même sur un blog, spécialement lorsque l’on écrit sur des sujets qui font polémiques en tentant de convaincre, ça m’apparaît nécessaire.

Tenter de convaincre et influencer n’est ni neutre ni banal et cette démarche mérite d’être traitée avec toute la complexité et la sensibilité qu’elle porte. Ne pas le faire n’est pas seulement irresponsable et petit, c’est un manque d’éthique en plus d’une insulte à l’intelligence.

L’honnêteté intellectuelle n’implique pas de « prendre le monde sur ses épaules » en se rendant responsable des réactions de chacun(e) vis-à-vis ses écrits, mais d’assumer ses écrits et le ton sur lequel on écrit. Il semble difficile pour certain(e)s de réaliser ou d’accepter que le ton et le niveau de radicalité des idées par rapport à un contexte donné peuvent avoir des effets dominos, des impacts. Par exemple, si un(e) auteur(e) écrit dans le but de convaincre sur des idées radicales et complexes, il est malhonnête d’aller pleurnicher sur le fait que ces idées ou ces intentions puissent choquer des gens, susciter de l’incompréhension, ou se confronter à des refus.

L’honnêteté intellectuelle n’implique pas d’accepter de se faire manquer de respect en tant qu’auteur(e), mais d’accepter le fait que les réactions ou les sentiments qui découleront chez les lecteurs/lectrices ne seront peut-être pas ceux que l’on a envie d’entendre (surtout si on accepte d’emblée le fait de recevoir des commentaires sur notre article, notamment). Dans une réflexion, il n’est pas question de prescrire une pensée, mais de questionner. Il n’est pas question non plus d’imposer ce que devraient être les bonnes et les mauvaises questions qui en découleront dans le but d’orienter ensuite les réponses qu’on voudrait voir apparaître à la bouche des gens.

Personne n’a d’obligation ni morale ni intellectuelle d’accepter et de prendre comme argent comptant ce qu’un(e) auteur(e) raconte. Personne n’a d’obligation ni morale ni intellectuelle d’adhérer complètement et sans questionnements à des idées, même bien étayées, amenées par un(e) auteur(e).

Ceux ou celles qui tenteront de convaincre sur ces points sont non seulement des abrutis, mais sont fort probablement en train d’essayer de faire avaler des éléments ou une pensée comme un dogme. Cette attitude est inacceptable et condamnable. Cette façon de faire va à l’encontre de toute démarche intellectuelle. Cela m’apparaît encore plus vrai si la vocation explicite du texte et de l’auteur(e), à la base, était soit disant « d’attiser la réflexion ». Personnellement, je suis convaincue qu’aucune réflexion digne de ce nom, c’est-à-dire sincère et rigoureuse, ne posera ses bases sur du dogmatisme et encore moins un dogmatisme déguisé en réflexion.

À ceux et celles qui défendent des causes et se targuent « d’éduquer » cette population, ce troupeau de moutons, en lequel vous avez si peu d’estime : vous arrive-t-il de seulement vous questionner sur vos propres méthodes « pédagogiques » ? Ne faites-vous donc que recracher votre sauce en espérant l’implanter tout bonnement dans le cerveau juste en gratifiant le monde de vos divins écrits virtuels ?

La métacognition, dans une démarche intellectuelle, m’apparaît extrêmement importante, à la fois pour ne pas se perdre dans ses propres processus, mais également pour garder une indépendance d’esprit ainsi qu’une saine réflexion et une lucidité par rapport à la cause que l’on défend. Cela permet de faire le tri, constamment et sans demi-mesure. Ne pas le faire amène visiblement des problèmes inquiétants. Le piège du « fanatisme aveugle » est vieux comme le monde, vicieux et peut toucher tout le monde, pas seulement les cons. Au même titre qu’on l’a constaté maintes fois dans les questions de religion, on le voit également dans certains réseaux défendant des causes sociales.

Après, en tant que lecteur(trice), avoir de l’esprit critique sur Internet implique de savoir lire en analysant le sens de ce qu’on nous présente, examiner les éléments qu’on nous amène, tout questionner, jusqu’aux mots qu’on nous sert comme des évidences de compréhension. Étant donné que nous ne sommes pas, sur les blogs, dans des essais philosophiques qui prennent le temps de définir chacun des termes employés, il est important de redoubler de vigilance à ce propos. Les grands termes, notamment à saveur sociale ou politique, comme « libéralisme », « démocratie », etc. sont de bons exemples de mots « fourre-tout » et souvent employés comme des évidences dans les conversations quotidiennes et sur les blogs alors que si on les questionne un minimum, on se rend compte de leur complexité, de leurs nuances de définition, notamment selon le contexte. C’est aussi le cas des termes, qu’on entend souvent dans certains réseaux, comme « patriarcat », « cissexisme », « trans-féminisme », etc. Un certain nombre d’auteur(e)s de blogs emploient ces termes comme des évidences que tout le monde, venant de tous les contextes, de tous les milieux, doivent comprendre et s’entendre sans problème pour accepter comme acquis. C’est problématique.

De plus, il est important de se rappeler que cette attitude de « prendre pour acquis » et d’utiliser les grands termes à tort et à travers est du niveau de la philosophie de comptoir, des conversations de coin de table lors du bruch dominical chez Papa-Maman, mais certainement pas d’un texte argumentatif construit qui encourage une réflexion intéressante et pertinente. Celui ou celle qui voudra faire passer de la philosophie de comptoir pour un texte construit, convainquant et digne d’intérêt réflexif est quelqu’un qui manque de rigueur et fort probablement d’honnêteté dans sa démarche.

Dans un premier temps, je pense que l’on peut tout à fait avoir de la culture, avoir beaucoup lu sur un sujet, prétendre connaître ces termes et pouvoir efficacement les utiliser pour illustrer une pensée sur un sujet. Cependant, le problème, c’est que ce genre de mot (ex. : « patriarcat », « phallocratie », « féminisme », « masculinisme », etc.) est utilisé à toutes les sauces, dans un bon nombre de contextes différents, parfois contradictoires et qui ne sont pas nécessairement précisés.

Ce qui m’apparaît encore plus choquant, c’est que malgré ce manque de précision, certain(e)s auteur(e)s nous les serviront quand même comme des évidences, en niant de cette façon toute la complexité du mot qu’ils ou elles emploient. Cela dans le but, souvent, de justifier leurs propos, s’en servir comme argument, comme écran de fumée, et rendre artificiellement plus convaincant un ton persuasif vis-à-vis de leurs lecteurs/lectrices. Prendre le temps de poser le contexte, dans un texte, même sur un blog, est un concept de rigueur élémentaire qui demande un minimum de minutie, certes, mais qui m’apparait nécessaire et témoigne d’une certaine honnêteté intellectuelle, surtout lorsque le but est de « convaincre ». En fait, selon moi, lorsque le but est de convaincre, ce n’est même plus du luxe, c’est une exigence. Un manque à ce niveau rend les arguments non-recevables par le fait que les lecteurs/lectrices ne peuvent en situer l’essence. Prendre pour acquis que c’est nécessairement au lecteur de situer l’essence de l’argumentaire revient à demander de faire de la télépathie avec l’auteur(e) pour deviner les définitions qu’il/elle appose à ses propres mots. C’est inacceptable. Suite à cela, exiger des lecteurs/lectrices qu’ils/elles acquiescent, en plus, aux mots de cet argumentaire mal construit à la base est une insulte à l’intelligence. À la rigueur, je pense qu’on peut tout à fait mentionner aux lecteurs et lectrices que certaines lectures particulières les aideront à mieux comprendre le texte, si on ne veut pas se donner la peine de définir chaque terme, par souci de lourdeur.

Donc, en tant qu’auteur(e), si vous ne vous situez plus dans la simple opinion, il est important de l’assumer avec tout ce qui va avec. Arrêtez de faire diversion en retournant votre veste à la minute où ça part en couilles. Non, ce n’est pas simple, oui ça peut être dérangeant. Et alors ? Ce n’est pas le problème des lecteurs, mais celui des auteur(e)s. C’est vous, en tant qu’auteur(e) qui avez choisi d’écrire et encore vous qui avez choisi le sujet abordé, avec tout ce que cela comporte.

Par exemple si je vous dit, dans le but de vous convaincre, qu’une certaine catégorie d’individus vit dans un système politique de type phallocratique en l’énonçant de la manière suivante : « Nous sommes dans une société phallocratique. » C’est peu précis, déjà. Je ne peux raisonnablement pas affirmer cela et demander aux lecteurs/lectrices de me croire sur parole. Pourquoi ? Car je prend pour acquis que mon lecteur vient exactement du même milieu, de la même société et de la même culture que moi et donc qu’il est supposé penser comme moi, avec les mêmes définitions. C’est risible. En réalité et ce qu’on comprend d’une phrase comme celle-ci, c’est que je m’adresse à un endogroupe sans l’assumer ni même le préciser, tout en généralisant mon propos, ce qui est malhonnête. Dans ces conditions, il serait plus juste de dire, par exemple : « Les femmes occidentales, caucasiennes et hétérosexuelles qui ont l’habitude de me lire et avec lesquelles je me suis entendue sur les définitions d’une phallocratie s’entendent pour dire que nous vivons dans une société phallocratique. » Ça réduit vachement le champs de portée, mais c’est au moins recevable.

Ne pas préciser de qui on parle exactement, ou faire des généralisations excessives avec peu de contenu, c’est déjà douteux en soi, mais ça devient complètement inexcusable dans un contexte d’argumentation. Ce qui est encore moins excusable est également de « prendre pour acquis » en jouant sur le fait que, dans le quotidien, l’endogroupe dont on parle (sans préciser lequel) vit des situations, dans ses ressentis, qui laissent croire et penser qu’il vit effectivement dans une société basée sur certains principes généralisés à l’excès. Nous sommes dans un texte argumentatif : l’appel à l’émotivité n’a pas sa place, car c’est une forme de manipulation. Ce n’est intellectuellement ni recevable ni acceptable, surtout si cette attitude est jumelée avec un manque de précision. De plus, je pense qu’il serait bon de se rappeler de temps à autres que l’expérience et le ressenti intuitif ne sont que des parties de connaissance. Elles comptent, mais ne font pas tout et ne légitiment certainement pas toutes les attitudes ou comportements.

Bref, un(e) auteur(e) ayant la vocation de respecter son lecteur et sa lectrice prendra le temps de définir qui est « nous » et de quel contexte il vient. Il/elle prendra le temps de nommer la société et l’origine de cette société dont il/elle parle. Il/elle prendra le temps de définir ce qu’il/elle entend par « phallocratie », par exemple, ou de glisser au moins des références qui se rapprochent de ce qu’il/elle entend par les termes les plus complexes employés à l’intérieur du texte. Par exemple, une phrase rigoureuse et intellectuellement honnête pourrait prendre cette forme : « En 2013, les femmes caucasiennes, hétérosexuelles et vivant en Amérique font partie des individus soumis au joug d’un système de type phallocratique au niveau politique. » Cette phrase est précise et démontre un souci de rigueur : elle situe le lecteur ou la lectrice, cible le sujet dont il sera question et sur quel point de vue il sera abordé. Et, voyez-vous, ça n’a arraché la gueule de personne de l’écrire avec ce niveau de précision.

Une phrase comme celle-ci, donc, ne prend personne pour un(e) abruti(e) de mouton qui doit avaler tout rond ce que l’auteur(e) dit et se laisser convaincre sans poser de questions. Ça témoigne donc d’une rigueur intellectuelle et d’une éthique de réflexion en plus de rendre l’argumentaire recevable. Malheureusement, plusieurs auteur(e)s de blogs ne se donnent même pas la peine de faire ce genre d’effort dans leur soit disant réflexion qu’ils/elles servent à la face du monde et viennent par la suite refuser complètement de se faire rappeler que leur argumentaire est biaisé. S’il y a effectivement des limites, pour les auteur(e)s, à tolérer la connerie et la mauvaise foi de la part de certain(e)s lecteurs(trices), on peut justement considérer que la réciproque est vraie du point de vue du lecteur et de la lectrice. Ce n’est pas à sens unique, contrairement à ce que certain(e)s laissent entendre…

De plus, certain(e)s auteur(e)s ont tendance à répondre aux critiques en préconisant la loi du moindre effort. Par exemple, je vois souvent des personnes dire à leurs lecteurs/lectrices, lorsqu’ils ont le malheur de souligner un tant soit peu la question de la rigueur, qu’elles s’adressaient à un groupe d’individus en général, que c’était évident, malgré le manque de précision ou la confusion d’autres personnes (dont leurs propres lecteurs/lectrices) sur le dit sujet et que si vous (lecteur, lectrice) n’avez pas compris, c’est que vous êtes soit un(e) imbécile ou alors un « outcaster » et que ce n’est pas leur problème. Cet argument est aussi stupide que révoltant. L’auteur(e) a la responsabilité de la précision de ses écrits et il/elle n’a en aucun cas à en reprocher les conséquences à ses lecteurs/lectrices. Si un(e) auteur(e) insulte ou prend de haut pour cela, c’est soit qu’il/elle ne saisi pas ce que signifie un argumentaire rigoureux et que dans ce cas, ses arguments ne sont pas recevables, ou alors qu’il/elle tente délibérément d’user de manipulation pour convaincre. Dans les deux cas, un certain scepticisme par rapport à la légitimité des arguments du texte n’est ni extravagant, ni imbécile, ni de mauvaise foi : c’est simplement de faire preuve d’esprit critique et refuser de se faire prendre pour un(e) crétin(e). Peu importe la couleur, la provenance, la position ou les préoccupations dans un débat, RIEN ne justifie une absence de transparence ou un foutisme exacerbé dans la rigueur d’une analyse, spécialement si elle a des tendances argumentatives et prescriptives.

Ceci étant dit, un argumentaire mauvais dans un texte donné ne définit pas en totalité un sujet. Une grande erreur et un raccourcis douteux de la part des gens qui lisent et commentent des articles se situent précisément là. Ce n’est pas parce qu’on peut rencontrer un paquet de torchons sur un sujet donné que le dit sujet mérite le dédain ou en devient illégitime. Par exemple, ce n’est pas parce que j’expose des exemples tirés d’argumentaires lamentables de certains blogs féministes que le féminisme en lui-même est risible, bon à jeter dans son ensemble ou n’a pas de raison d’être ! Je suis consciente que des gens tendancieux et souvent convaincus d’être particulièrement rusés utilisent les questions de rigueur pour eux-même faire des généralisations excessives et justifier leur refus de réfléchir sur un sujet donné. C’est tout aussi déplorable et malhonnête. Cependant, si je choisis d’aborder ce billet sous cet angle précis, c’est-à-dire la responsabilité de l’auteur(e), c’est que :

1) j’aime et j’exige de lire du contenu de qualité, honnête et qui respecte ma liberté de penser en tant que lectrice et ce, peu importe sur quel sujet.
2) je suis moi-même auteure de blog et suis sensible à ces questions pour mes propres écrits. Les questions d’éthique, en général mais spécialement en réflexion, m’apparaissent non seulement pertinentes, mais nécessaires.

Personnellement, je trouve que sur Internet, l’éthique et la rigueur ne sont malheureusement pas au goût du jour, sont même bafouées à tort et à travers tout en faisant de la prescription de pensée à tout va. Je ne vois aucune raison valable excusant cet état de fait.

Après, faut-il se montrer parfait pour avoir l’ultime privilège d’aborder un sujet ? Bien évidemment que non. Le problème, c’est qu’on ne retrouve même pas le minimum sur beaucoup de blogs se voulant polémiques et se disant, même, « pro réflexion » (comme si le simple fait d’affirmer cela était une sorte de « joker de la bonne pensée » auquel on n’avait rien à redire, rien à analyser…). Résultat : on ne se retrouve qu’avec des termes sulfureux qui ne veulent rien dire, peu de contenu de qualité et personne qui assume ses choix. L’excuse ultime et lamentable couronnant cet amas de médiocrité : « Je fais cela sur mes temps libres, je ne suis pas payé(e) pour écrire tout cela alors je fais ce que je veux. » Donc en gros, on fait semblant de vouloir agir et faire quelque chose, tout en se déchargeant complètement des côtés moins reluisants comme le fait de se relire, déjà, et de rester consciencieux(se) dans sa démarche. C’est formidable !

Le monde des blogs, du moins celui qui est visible et dans lequel il est accessible de patauger, semble être en proie à une nouvelle attitude très en vogue : le dédain du « blogging adolescent » (c’est-à-dire l’étalage émotionnel dégoulinant), afin d’aborder à tort et à travers des sujets qui font polémiques et ce de façon tout aussi vide qu’incomplète. C’est de bon ton et ça paraît mieux, ça fait « plus adulte », plus « engagé », paraît-il. On remplace l’étalage émotionnel par l’étalage d’une piètre culture, à peine bourgeonnante, et sans prendre le temps de construire une pensée qui se tient. À croire que tant qu’on n’est pas ennuyeux, tout passe ! Les moeurs d’écriture, comme ailleurs, semblent être à l’éloge du pathétisme et à celui qui convaincra le mieux d’avaler sa merde comme la panacée la plus délicieuse que la planète ait portée.

Au delà de la nature des sujets abordés, au delà de la forme et de l’émotivité des auteurs (qui n’est, pour moi, même pas un sujet de débat), c’est ce manque d’éthique, cette insouciance dans la « prise pour acquis » et cette façon de s’en foutre qui me répugne. C’est un problème de fond qui est, selon moi, un problème majeur.

En tant qu’auteur(e), je pense qu’on peut viser plus haut. Ce ne sera, de toute façon, pas si difficile.

TristanTsara_dada