Je fais très souvent des rêves étranges et assez loufoques dont j’ai la chance de me souvenir. L’un d’entre eux, ces derniers temps, a été de préparer un récital de piano dans lequel je devais jouer la pièce Nocturne, Opus 9 No.2 de Frédéric Chopin. Je trouve cela particulièrement étrange, non pas pour le sujet en lui-même, mais plutôt parce que ça ne me ressemble absolument pas. En effet, il est assez rare que je m’adonne à des rêves ayant un quelconque rapport avec le piano, bien que j’en sois mordue. Celui-ci m’a donc singulièrement marquée. La mélodie dans ma tête était si juste, si claire…je la savais par coeur, chaque notes, chaque crescendo. Je m’étais même amusée à la remanier à ma manière sur certaines mesures. Ce qui est tout spécialement curieux est qu’en réalité, je déteste jouer en public. Normalement, j’ai les mains tremblotantes, toutes moites, glissantes sur les touches et je me met à avoir des blancs de mémoires désagréables. Pourtant, dans ce rêve, j’avais ce sentiment que je n’ai jamais su ressentir dans la vie réelle lors de ces moments : la confiance. J’avais le trac, mais c’était une nervosité « normale », pas de celles qui vous rongent les os jusqu’à en faire de la poudre.

Les lieux du rêve étaient ceux de chez moi, mais à ce qu’ils étaient lorsque j’étais enfant et non pas à ce qu’ils sont devenus aujourd’hui. Des images du parc près de la maison en été, la grande salle de spectacle de mon école primaire, avec ses airs religieux d’un autre temps et cette odeur de vieux bois qui en a vu d’autres. Ce rêve était une véritable explosion des sens. Et puis, pourquoi cette fichue pièce de Chopin? Je ne l’avais pourtant pas écoutée depuis des mois… Beaucoup de nostalgie se vivait à travers ce rêve et à la fois, quelque chose de nouveau, complètement. Je ne semblais pas être celle que je suis ou crois être, ce qui s’avérait extrêmement troublant.

Quant à Chopin, j’ai toujours été un peu ambivalente vis-à-vis de ses compositions. Elles sont, pour la plupart, assez complexes et mélancoliques (ce qui est loin de me déplaire)…puis, d’un autre côté, extrêmement jouées. Trop peut-être. Sa musique est, en quelque sorte, « l’école de l’art » en ce qui concerne le piano. Bien des compositeurs contemporains s’en sont inspirés. En un sens, ce trop plein de tradition me donne des boutons, bien qu’à la fois, j’apprécie énormément ses pièces. J’ai donc un peu de mal à voir ce que cela signifie en ce qui concerne ce drôle de délire nocturne.

Certains me diront que ce n’est qu’un rêve, que ça n’a pas d’importance. Pour moi, c’est tout le contraire, vous l’aurez deviné. Je perçois les rêves comme des messages codés, littéralement. Ils me font un peu penser à une langue que j’aurais connue et bien parlée jadis, mais qui m’apparaîtrait floue parce qu’un peu oubliée. Il n’en reste que ce sentiment de familiarité insaisissable.