Je ne décrirai pas que ce qui entoure et enrobe, puisque ça en est devenu presque une banale commodité de l’esprit rêveur qui s’ennuie. Je décrirai plutôt ce qui passe et ne reste pas, mais revient plus tard. Ce ne sera qu’une impression, emprisonnée dans la tyrannie de la répétition, me faisant noter pour lui enlever quelques unes de ses chaînes et lui donner sens, par la même occasion…
Mon enveloppe se liquéfie, doucement, comme une bulle de savon. Elle qui, par ailleurs et par le passé, avait été rigide, comme un roc entre moi et le monde. Ce n’est plus une cage de verre étanche, c’est un refuge par lequel j’entre et je sors à présent, selon ma patience, mon énergie et ma volonté à demeurer, à poser ma marque parmi les marques, à étendre un peu de moi sur l’échine d’un moment parmi les autres vivants. Je suis complice, ne serait-ce qu’en décrivant ce que je suis au monde, ce que je viens au monde et comment je pars et y prend part.

Autour d’une table, l’espace de quelques secondes, je suis verve assumée. Je sors mes mots de leur cachette comme des tableaux d’un sous bassement humide. Je les expose à la face du monde comme je n’ai pas l’habitude de le faire. Ils éclosent.

Dans ma naïveté, je m’imagine alors que le monde est curieux et aura envie d’entendre.

La réalité est tout autre. Il se tait à peine, attend poliment que j’aie terminé, tout en me regardant, un rictus plissé lui défaisant sa bouche close et contrite. Son regard est un silence empesé et impatient qui s’attarde à ma peau, à mes narines, à mes cils, à mon cou. Son regard patauge distraitement sur mon corps qu’il dépossède de son langage. Je vois alors, dans les yeux du monde, la boîte à musique décorative que je suis supposée être. Une fois mon air terminé et expulsé, on n’attend pas que je reprenne mon souffle ni mes notes. On a déjà oublié, presque soulagé.

Le monde se penche sur ce qu’il y a de distrayant et de plaisant à y perdre son temps. On se perd dans les politesses de petite noblesse et les hochements de tête automatiques. On se perd sur les lèvres de quelqu’un sans écouter ce qui en sort. On se perd dans les sous bassement, sans y voir les tableaux. On remonte alors les escaliers grinçants, en se demandant pourquoi on n’y a rien trouvé d’exaltant et en s’esclaffant, avec condescendance, du vide des conversations.