Pour commencer, j’aimerais mentionner que, pour tout.e utilisateur/utilisatrice régulier.e de cet outil de diffusion et cette communauté qu’est Internet, il est tout à fait approprié de s’interroger sur la question de l’influence de nos partages et de leurs répercussions. C’est un sujet sur lequel, en tant que grande consommatrice d’informations sur Internet, je me suis longuement attardée, au fil de nombreuses discussions et réflexions. Voici donc les résultats de cette méta-analyse.

Tout d’abord, revenons aux sources, c’est-à-dire au b-a ba de ce qu’est Internet, car il n’y a rien de tel qu’une « évidence » pour oublier de quoi on parle véritablement. Internet est, par essence, un système de réseautage où chaque fil est relié à un autre. En ce sens, la manière la plus commune de faire en sorte qu’une page puisse être vue par l’extérieur est de créer, par divers moyens, un lien vers celle-ci et d’en diffuser l’accès. Il est donc logique de dire que, lorsque nous partageons un lien, par exemple sur les réseaux sociaux, nous contribuons à lui donner une visibilité, car nous augmentons le niveau de possibilité que des gens aient accès à la page en question. Il est primordial de bien saisir et peser rigoureusement le fait que, sans partage, sans promotion, sans geste de diffusion, une page Internet reste dans une ombre quasi opaque. Ce fait procure un pouvoir important, à chaque utilisateur/utilisatrice.

Est-ce que partager un lien, donc contribuer à diffuser l’accès à une page, consiste à « faire de la pub » à la page en question ? Oui, inévitablement, étant donné que par la publication du lien ou de l’information nous incitons implicitement les personnes à cliquer dessus. Nous créons une annonce : « Regardez, cette page existe, je contribue à vous en donner l’accès ». Après, d’un point de vue intellectuel, il est tout à fait justifié de questionner le partage de certains types d’informations, car ce geste a une portée, bien au delà du côté pratique, soit une portée politique. Le fait de contribuer à mettre une page en lumière par la diffusion n’est pas neutre, car nous sommes, sur Internet, en communauté, véritable société de réseaux. En tant qu’utilisateur/utilisatrice, il semble aisé d’oublier, par moments, que le fait de se trouver seul.e devant une machine, dans le confort de son logis ou ailleurs, n’empêche absolument pas le fait que nos gestes, sur Internet, sont d’ordre publique, en tout temps. Cet aspect est souvent bien mal saisi, principalement car la cloison entre privé et publique est devenue extrêmement floue, voire de plus en plus inexistante, spécialement avec l’apparition et l’évolution des réseaux sociaux.

Le principal avantage et l’immense force de la communauté qu’est devenue Internet est que chacun détient le pouvoir d’y apporter sa contribution par une variété de moyens plus ou moins sophistiqués. Le fait de contribuer à la diffusion d’une page, par le partage, est l’un de ces moyens. La question à se poser, lorsque nous partageons des liens, devrait donc toujours être la suivante : « De quelle manière ai-je envie d’apporter ma contribution à la communauté avec le partage de ce lien ? » Certain.e.s revendiquent, dénoncent des faits, d’autres expriment des idées, des opinions, des goûts, d’autres encore souhaitent simplement faire partager une expérience significative, quelque chose qu’ils ont aimé, etc. De quelle façon souhaitons-nous nous distinguer par cette contribution ?

Le pouvoir de partager est aussi une responsabilité. Nous avons le pouvoir de contribuer au social, d’une façon inégalée et novatrice, car pour la première fois dans toute l’Histoire, chaque membre lambda d’une population, tant qu’il est connecté, possède une tribune d’expression, que ce soit par le biais de blogs ou de réseaux sociaux. De par ce fait, je suis intimement persuadée que cela implique d’avoir la présence d’esprit et la responsabilité d’apprendre à l’utiliser de façon avertie. D’un côté, il est légitime de rappeler et affirmer que ce n’est pas à la communauté de tirer des conclusions sur nos propres intentions derrière nos partages et personne n’a à nous en prémâcher les raisons ou nous en imposer les balises. Cependant, exprimons-nous, prenons le temps de nous distinguer, d’afficher nos couleurs !

Comme nous le savons tous.tes il y a bon nombre de contenus très discutables sur Internet, voire carrément dangereux. La présence de contenu sensible fait partie des conséquences de cette possibilité de contribution infinie et sans filtre. Tout le monde, ayant une connexion Internet, peut apporter son grain de sel. D’ailleurs, je pense que nous avons justement le devoir d’y apporter notre grain de sel, en tant d’utilisateur/utilisatrice. Nous ne sommes pas neutres dans cette expérience et le moyen de plus approprié, efficace et responsable de répondre au partage est… le partage.

Lorsque je lis des questions du genre : « Doit-on absolument, pour éviter de faire de la « pub à la connerie », ne rien dire, ne rien dénoncer, et ne pas en partager les liens pour éviter d’en faire la diffusion ? » Pas nécessairement, il s’agit même, dans une certaine mesure, du contraire. Il ne faut absolument pas se taire, il faut plutôt en dire davantage ! Il existe bon nombre de stratégies pour afficher ses couleurs sur Internet. On peut effectivement choisir de ne pas « partager la connerie » et ne pas s’exprimer dessus afin de ne cautionner en aucune manière sa diffusion, tout en partageant massivement du contenu jugé de qualité et attisant la réflexion, par exemple. En ce sens, on contribue à un effet de contre-balancier, c’est un moyen parmi bien d’autres de prendre position.

Je pense de plus en plus qu’il est possible et approprié, également, de tout de même partager la « connerie » présente sur Internet. Cependant, c’est un processus plus délicat, car pour contrebalancer le fait d’en permettre la diffusion et la mettre en lumière, il faut se positionner de façon différente, ouvertement affirmée et beaucoup plus active, c’est-à-dire en apportant quelque chose en plus à la communauté. Par exemple, par le biais d’une analyse, une réflexion personnelle ou encore une autre source, différente et contradictoire à la première, pour stimuler l’esprit critique par la comparaison, etc. Ne rien en dire du tout ou de façon imprécise implique de ne pas profiter de notre pouvoir de contribution et implique aussi le fait de collaborer à répandre le mauvais grain, qu’on le veuille ou non. Toutefois, il serait faux d’en déduire automatiquement que nous « cautionnons » (le dicton « qui ne dit mot consent » est très dangereux et surtout très simpliste, dans bien des situations), mais cela implique, par contre, que nous passons à côté d’une responsabilité d’utilisateur/utilisatrice. Nous pouvons contribuer, par nos partages, à faire en sorte soit d’améliorer ou de dégrader la qualité de l’environnement Internet. Nous avons le pouvoir d’exprimer quelque chose par nos actions et la chance que cela soit entendu, vu et rediffusé en temps réel. Profitons-en ! Faisons de la « pub », donc, mais pas n’importe comment. Faisons-la en apportant notre pierre à l’édifice, par l’effet du contre-balancier. Le partage d’informations est un pouvoir puissant, ayons au moins la décence de l’utiliser correctement et d’en comprendre le sens, d’en peser le poids.

Ayons la rigueur, à chaque partage, d’apporter, à la hauteur de nos talents respectifs et de nos priorités, quelque chose en plus à la communauté plutôt que de faire semblant d’être passif. Sur Internet, partager n’est et ne pourra jamais être neutre. Cette idée est, entre autres choses, une illusion.